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ARDEVAC À LOIX
Entretien avec Manu Bigarnet (juin 2026)

Un lieu  pour les artistes équestres d’aujourd’hui. 

Un patrimoine vivant, une transmission à défendre.

Propos recueillis à Loix, en juin 2026, par un habitant de Loix souhaitant rester anonyme.

1. Un lieu de transmission

L’habitant de Loix — Quand on arrive à ARDEVAC, on voit un chapiteau, une carrière, des chevaux. Pour beaucoup, c’est un lieu de spectacle. Mais vous dites que ce lieu porte quelque chose de plus profond. Qu’est-ce qui se joue ici ?

Manu Bigarnet — Ce lieu n’est pas seulement un espace de spectacle. C’est un outil de transmission, de formation, de création et de recherche autour des arts équestres contemporains.

À Loix, il y a un chapiteau, une carrière, des chevaux formés, des élèves, des artistes, des publics. Tout cela forme un ensemble rare.

L’acrobatie à cheval ne peut pas se transmettre n’importe où. Elle demande des chevaux préparés, des artistes formés, une pédagogie, une culture de la sécurité, une connaissance du vivant. Ce n’est pas une animation équestre. C’est un art avec une histoire, une exigence et une relation particulière entre l’homme et le cheval.

L’habitant de Loix — Vous employez souvent le mot « passeur ». D’où vient cette responsabilité ?

Manu Bigarnet — Je ne crois pas l’avoir choisie tout de suite. J’ai d’abord été élève, puis artiste, puis interprète.

J’ai reçu un enseignement rare, notamment auprès de Francesco Caroli, au Centre National des Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne. À l’époque, nous étions la première promotion du CNAC. Le cirque contemporain était en train d’inventer ses formes.

En 2012, Claude Krespin m’a écrit une lettre qui m’a beaucoup marqué. Il me disait qu’il était temps de « ramasser mon patrimoine artistique » et d’accomplir mon « devoir de passeur ».

Il parlait de la partition que Francesco Caroli m’avait transmise, une partition qui n’avait jamais été écrite.

Dans notre métier, tout ne passe pas par les livres ou les référentiels. Beaucoup passe par le corps, par l’œil, par l’attente, par la répétition, par le cheval.

L’habitant de Loix — Qu’est-ce que Francesco Caroli vous a transmis que l’on ne peut pas simplement écrire ?

Manu Bigarnet — Une manière d’être avec le cheval. Une façon d’observer, de sentir le rythme, de ne pas forcer, de comprendre le moment juste.

La voltige à cheval n’est pas seulement une technique de figures. Le cheval n’est pas un agrès. C’est un partenaire vivant. Il faut apprendre avec lui, et souvent apprendre de lui.

Ce savoir est fragile parce qu’il est incarné. Il repose sur des gestes, des sensations, des corrections minuscules. Il faut du temps pour le recevoir et encore plus de temps pour le transmettre.

C’est pour cela que je parle de patrimoine vivant. Ce n’est pas un patrimoine que l’on conserve dans une vitrine. C’est un patrimoine qui existe seulement s’il est pratiqué.

 

2. Du CNAC à Zingaro

L’habitant de Loix — Après Francesco Caroli et le CNAC, il y a aussi votre longue histoire avec Zingaro et Bartabas. Quelle place cette aventure occupe-t-elle dans votre parcours ?

Manu Bigarnet — Zingaro a été le lieu où ce que j’avais reçu a rencontré le monde.

J’y ai passé plus de vingt ans aux côtés de Bartabas, avec des tournées, des créations, des chapiteaux pleins, des villes où l’on jouait quinze ou vingt fois, parfois davantage. Cette aventure a permis de faire connaître très largement le théâtre équestre contemporain.

Mais il ne faut pas oublier une chose : l’émergence de Zingaro a aussi été portée par des performances acrobatiques très fortes.

Le public venait voir un univers, une écriture, une esthétique, mais il venait aussi voir des artistes capables de faire avec les chevaux des choses rares, physiques, risquées, profondément vivantes.

L’habitant de Loix — Vous voulez dire que la performance acrobatique a contribué à faire exister le théâtre équestre contemporain ?

Manu Bigarnet — Oui. Pour moi, elle a été l’un de ses moteurs.

Zingaro a inventé autre chose que le cirque traditionnel. Mais cette modernité s’est aussi appuyée sur des compétences très concrètes : monter, tomber, voltiger, tenir un cheval, construire une action lisible sous chapiteau, avec du risque, du rythme, de l’adresse.

Cela ne s’improvise pas. C’est un savoir transmis.

L’habitant de Loix — Et aujourd’hui, vous avez le sentiment que cette dimension s’est affaiblie ?

Manu Bigarnet — Oui, je le ressens. Le public a changé, les formes ont changé, les attentes aussi.

Dans certains spectacles équestres, la performance acrobatique n’occupe plus la même place. On est parfois allé vers des formes plus intellectuelles, plus conceptuelles, plus plastiques.

Je ne dis pas que c’est illégitime. Mais je crois qu’une part du public regrette aussi de ne plus voir cette puissance directe : l’action humaine, le cheval vivant, l’adresse, le danger maîtrisé, la prouesse qui se déroule sous ses yeux.

Ce qui m’intéresse aujourd’hui avec ARDEVAC, ce n’est pas de revenir en arrière. C’est de rappeler que la modernité n’a pas besoin d’abandonner la performance.

La performance, lorsqu’elle est transmise avec rigueur, avec respect du cheval et avec une vraie écriture artistique, reste une force contemporaine.

3. ARDEVAC, un lieu rare à Loix

L’habitant de Loix — Le CNAC vous a ensuite reconnu comme maître référent du Pôle équestre. Que représentait cette reconnaissance ?

Manu Bigarnet — En 2011, Jean-François Marguerin, alors directeur du CNAC, m’a désigné maître référent du Pôle équestre.

Pour moi, ce n’était pas un titre honorifique. C’était une reconnaissance institutionnelle de ce que j’avais reçu et de ce que je pouvais transmettre.

Mais quelques années plus tard, ce cadre institutionnel s’est éteint. Quand un cadre disparaît, la question de la transmission ne disparaît pas avec lui. Elle se déplace.

L’habitant de Loix — C’est là qu’ARDEVAC prend son sens ?

Manu Bigarnet — Oui. ARDEVAC n’est pas un refuge personnel. C’est devenu le lieu où cette transmission pouvait continuer à exister concrètement.

Pour transmettre l’acrobatie à cheval, il faut des chevaux, une piste, un chapiteau, des élèves, des artistes, des spectacles, du temps et une exigence.

Depuis 2012, ARDEVAC s’est construit comme un espace de formation, de création et de recherche.

Des amateurs y viennent, des professionnels aussi. Certains viennent de loin parce qu’ils ne trouvent pas ailleurs ce type de compétence.

En même temps, le lieu reste ouvert aux habitants de Loix, de l’Île de Ré, de La Rochelle, aux enfants, aux familles, aux vacanciers.

L’habitant de Loix — Vous parlez de rareté. En quoi ARDEVAC est-il rare ?

Manu Bigarnet — La rareté ne tient pas seulement à la voltige à cheval.

Elle tient à la réunion de plusieurs choses au même endroit : un chapiteau, une carrière, une cavalerie de travail, une expérience artistique, une compétence pédagogique, une activité de formation, une capacité à créer des spectacles et à accueillir du public.

Un lieu rare n’est pas seulement fragile. Il peut aussi devenir un point d’appui pour un territoire.

À Loix, le chapiteau, les chevaux, les stages et les spectacles créent une présence. Des enfants viennent pratiquer. Des vacanciers découvrent le lieu. Des professionnels viennent se former. Beaucoup reviennent d’année en année.

ARDEVAC n’est pas seulement un lieu de passage. C’est un lieu qui crée de l’attachement.

4. Transmettre un savoir-faire

L’habitant de Loix — Vous constatez aujourd’hui un affaiblissement de la formation professionnelle à ARDEVAC. Comment l’expliquez-vous ?

Manu Bigarnet — Je l’attribue en grande partie à la disparition du portage de la certification « Techniques et interprétation des arts équestres » par le CNAC.

Cette certification avait une vraie valeur. Elle reconnaissait un ensemble de compétences : la technique, l’interprétation, la sécurité, la connaissance du cheval, la capacité à travailler dans le spectacle vivant.

Quand ce portage disparaît, la compétence ne disparaît pas. Les chevaux sont toujours là, les formateurs aussi, l’expérience aussi.

Mais la reconnaissance s’affaiblit.

L’habitant de Loix — ARDEVAC pourrait-il porter seul une telle certification ?

Manu Bigarnet — C’est très lourd. Une certification demande des référentiels, des jurys, des évaluations, une exigence de sécurité, de bien-être animal, de qualité pédagogique et de suivi administratif.

Un lieu comme ARDEVAC peut porter la compétence, la pédagogie, les chevaux, le terrain et la relation avec les artistes.

Mais porter seul la garantie nationale d’une certification sans soutien public, sans subvention, sans cadre partagé, c’est disproportionné.

L’habitant de Loix — Quel rôle attendez-vous des institutions ?

Manu Bigarnet — Les institutions ne doivent pas seulement soutenir des événements visibles.

Elles peuvent aussi soutenir ce qui rend ces événements possibles : la formation, la transmission, la structuration des compétences, la sécurité, le bien-être animal, la reconnaissance des parcours.

Soutenir ARDEVAC, ce n’est pas seulement aider une association locale. C’est préserver un outil de transmission d’une compétence rare.

5. Un lieu pour les artistes équestres d’aujourd’hui

L’habitant de Loix — Pensez-vous que le public soit encore sensible à ce type d’art ?

Manu Bigarnet — Oui, et peut-être de plus en plus.

Nous vivons dans un monde saturé d’écrans, d’images, de virtuel. L’acrobatie à cheval propose une expérience réelle : un cheval vivant, un corps humain, une action qui se déroule devant vous, sans montage, sans filtre.

Le public sent la rigueur, le risque maîtrisé, la confiance. Il sent que quelque chose se joue vraiment.

Voir un cheval, un artiste, une piste, entendre une respiration, percevoir une hésitation ou une réussite, cela touche profondément.

L’habitant de Loix — Le Cabaret des Acrobates incarne-t-il cette vision ?

Manu Bigarnet — Oui. Le Cabaret permet de rendre le projet ARDEVAC immédiatement lisible.

Le public entre dans un lieu vivant : musique, convivialité, repas, chapiteau ouvert sur la carrière.

Dehors, il y a la puissance du cheval, le grand espace, le spectaculaire. Sous le chapiteau, on retrouve la proximité, la musique vivante, l’intimité et la relation.

Ce mouvement m’intéresse beaucoup : dehors, la puissance ; dedans, la proximité.

La carrière permet le grand geste. Le chapiteau permet l’écoute.

6. Un projet pour les années à venir

L’habitant de Loix — Est-ce que cette manière de faire annonce le projet des prochaines années ?

Manu Bigarnet — Oui. Je crois que l’avenir d’ARDEVAC pourrait être là : créer des événements pour des artistes équestres qui se produisent souvent dans des carrières, des salons du cheval ou de grands cadres événementiels, mais qui trouvent rarement des lieux permettant une relation plus intime avec le public.

À Loix, on peut réunir les deux dimensions : le grand espace extérieur pour la puissance du cheval, et le chapiteau pour la musique vivante, la parole, la proximité et la relation sensible.

C’est assez unique.

L’habitant de Loix — Finalement, que faudrait-il reconnaître aujourd’hui dans ARDEVAC ?

Manu Bigarnet — Qu’il existe déjà. Qu’il n’est pas à inventer.

Le lieu est là, les chevaux sont là, l’expérience est là, les publics viennent, les artistes ont besoin de ce type d’espace.

Ce qu’il faut maintenant, c’est lui permettre d’atteindre sa pleine dimension.

Je ne cherche pas à conserver l’acrobatie à cheval comme une image du passé. Je veux qu’elle continue à produire du présent.

Un patrimoine vivant ne se défend pas seulement par la mémoire. Il se défend en créant les conditions pour qu’il continue à être pratiqué, transmis et transformé.

« Le passeur n’est pas celui qui garde ce qu’il a reçu. C’est celui qui crée les conditions pour que d’autres puissent, à leur tour, inventer. »

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​​​​ARDEVAC - Le Chapiteau de Loix 

Chapiteau et écuries - Haras du passage

34 Rue de la Genève - 17111 Loix

Association Loi 1901

Siège social : 5 impasse du Couvent 17111 LOIX

SIRET 750 478 240 00021  - APE 9001Z

NDA  formation : 75170229417 - certifié Qualiopi - 

Vue aérienne Ardevac loix
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